XIXe siècle : le château de toutes les restaurations

Suite à 10 ans de Révolution française et à 16 ans de pouvoir napoléonien, la France eut du mal à décider de son nouveau régime. La célèbre valse des régimes politiques, qui marqua un XIXe siècle scandé de révolutions, imprégna fortement Fontainebleau. Durant le règne des frères de Louis XVI (1815-1830), il incarnait la splendeur de l’Histoire monarchique, qu’il fallait rendre à la « vénération publique ». Pour le duc d’Orléans devenu le roi Louis-Philippe Ier (régnant de 1830 à 1848), il était l’écrin historique d’un souverain qui y assumait sa passion pour l’Histoire. Pour Napoléon III, neveu de Napoléon Ier, il offrait une occasion de restaurer la grandeur de l’Empire dans un des palais les plus emblématiques de son oncle. Cette compétition des trônes eut un effet bénéfique pour le château. Sans cesse embelli de nouveaux décors, d’effigies solennelles, et rehaussé d’un mobilier historiciste permettant à ces souverains éphémères de s’ancrer dans la longue Histoire, il traversa ces régimes fugaces en étant l’objet de toutes les attentions et de toutes les restaurations. C’est dans l’état « final » dans lequel Napoléon III et Eugénie, les derniers souverains de sa longue Histoire, l’aménagèrent, qu’il est encore aujourd’hui visitable…

1815 – 1830 : restaurer la maison des rois

Napoléon Ier avait sauvé de la ruine le vieux château de François Ier, et l’avait propulsé au rang de l’une des plus splendides résidences d’Europe. Après Waterloo et le retour sur le trône de Louis XVIII, frère de Louis XVI, le monarque sut reconnaître l’étendue des restaurations entreprises par celui que l’on nommerait désormais « l’Usurpateur » : « en notre absence, constata Louis XVIII, nous avons eu un bon concierge ». Après 10 ans de Révolution et 16 ans de pouvoir napoléonien, Fontainebleau s’imposait en symbole vivant du trône restauré.

Renouant avec son prestigieux passé cynégétique, le château de Fontainebleau fut le lieu de brefs mais fréquents séjours de chasse des princes de la maison de France. Si le nom de Napoléon Ier était banni de ses Annales, les travaux de Louis XVIII n’en restèrent pas moins dans la continuité de ceux du Premier Empire. La salle du trône napoléonienne resta celle de Louis XVIII, et la chambre de l’Usurpateur s’imposa en « grande chambre à coucher du roi ». On continuait à présenter, comme un trophée de chasse, le petit salon et le guéridon où, en 1814, « Bonaparte signa sa fausse abdication » (Charles Rémard).

Napoléon avait laissé inachevée la reconstruction de la grande galerie de Diane. La Restauration acheva le décor, confié à Abel de Pujol et Merry Joseph Blondel, pour l’imposer en plus grand ensemble décoratif du règne. Sous les épisodes mythologiques de Diane, des tableaux de Charlemagne, Clovis, Saint-Louis, Jeanne d’Arc et Henri IV vinrent mettre en scène l’histoire providentielle de la monarchie française. La bien-nommée Restauration médita de nombreux autres chantiers : la réinstallation, dans les appartements, d’un bas-relief en marbre blanc d’Henri IV, « précieuse image du plus aimé des rois » que l’on souhaitait alors exposer « dans ce beau palais, à la vénération publique » (Charles Rémard), ou le déménagement de la bibliothèque dans « un local plus grand, pour être développée avec avantage » (Charles Rémard).

Autant de travaux que la Restauration ne pourra mettre en œuvre, mais qui seront réalisés par les deux régimes à venir du XIXe siècle : la monarchie de juillet et le Second Empire, qui transformeront en profondeur l’aspect du palais…

xixe siècle

Louis-Philippe et l’Histoire (1830-1848)

En 1830, la Restauration fut balayée par la révolution des « Trois Glorieuses », et le cousin de Charles X, le duc d’Orléans, monta sur le trône sous le nom de Louis-Philippe Ier. Monarque constitutionnel, il n’en était pas moins de la « race de Saint-Louis », et entendait assouvir sa passion pour l’Histoire tout en « remontant d’une marche l’échelle de la royauté » (comtesse de Boigne). Louis-Philippe se passionna pour Fontainebleau, ce palais où « les murs parlent, les morts apparaissent et semblent se réunir pour recevoir les vivants » (Guizot). Le règne de Louis-Philippe entama une restauration complète du bâtiment, nous le transmettant en grande partie comme nous le découvrons aujourd’hui. Âge d’or du romantisme et des romans d’Alexandre Dumas, il se caractérisa par un historicisme débridé.

Afin d’y accueillir le mariage du fils aîné du roi, le duc d’Orléans, et de la princesse Hélène de Mecklembourg, le 30  mai 1837, l’essentiel du décor historique fut posé : toiles peintes au pochoir et moulures de carton-pierre furent mises au service de cette restauration : on procéda à la confection de plafonds, à la création d’une salle d’apparat néo-Renaissance (la salle des Colonnes), à l’aménagement d’un vestibule gothique au rez-de-chaussée du donjon (le vestibule Saint-Louis), ou à l’édification d’une galerie des Assiettes combinant vestiges de la galerie de Diane d’Henri IV, lambris « néo-Renaissance » et 128 assiettes en porcelaine déployant le « roman historique » de Fontainebleau.

Si les effigies des différents rois du château furent remises en scène dans les Appartements, comme le grand Henri IV à cheval sur la cheminée du « salon Saint-Louis », c’est surtout la Renaissance qui fut la grande redécouverte du règne : par la technique « à la cire », les peintres du XIXe siècle, tel Jean Alaux, s’attelèrent à restaurer les fresques de la salle de bal. Un dernier grand projet de restauration de la galerie François Ier fut prévu comme l’ultime chantier d’un roi ayant « la passion de la truelle ». Le chantier historiciste de Fontainebleau, qui passionna et inspira des artistes comme Ingres ou Delacroix, s’accompagna d’une modernisation du palais : water-closet dotés de chasses d’eau et éclairages à la lampe carcel offrirent un confort et un lustre nouveaux à la vieille demeure.

Malgré tous ces efforts pour s’inscrire dans la continuité de l’Histoire et renouer avec la grandeur de ses ancêtres, Louis-Philippe échappa de justesse, en 1846, à un attentat contre sa personne dans le parc du château. Lecomte, un garde forestier mécontent, tenta de l’abattre à coups de fusil. Du roi « chasseur » au roi « chassé », l’incident montra la fragilité d’un régime politique qui fut contesté dès sa naissance. Deux ans après cet attentat, en 1848, une révolution parisienne obligea le dernier roi à abandonner sa couronne et à fuir le pays…

Cette couronne fut ramassée, 4 ans plus tard, par un dernier empereur qui mit les touches finales au palais de Fontainebleau, œuvre collective d’une trentaine de souverains…

Les villégiatures de Napoléon III et Eugénie (1852 – 1870)

Ayant accédé au pouvoir après le coup d’état du 2 décembre 1851, l’empereur Napoléon III connaissait déjà le palais de Fontainebleau. À l’âge de 2 ans, il avait été baptisé le 4 novembre 1810 sur les genoux de son oncle Napoléon Ier, dans la chapelle de la Trinité. Exhalant les souvenirs brillants du Premier Empire, Fontainebleau se devait de redevenir un palais impérial et fastueux, où le Second Empire s’affirmerait avec éclat. En une vingtaine d’années, l’Empereur et son épouse, l’Impératrice Eugénie, laissèrent une empreinte durable dans une demeure qu’ils trouvèrent modernisée et entièrement meublée.

Alors que se développaient à la fois l’idée de villégiature et les prémices du tourisme, ils aménagèrent à Fontainebleau des appartements disposant d’un certain confort. A partir de 1860, cherchant à s’émanciper de l’atmosphère pompeuse des grands Appartements qu’ils avaient fait richement remeubler, Napoléon III et Eugénie se créèrent leurs espaces propres, plus adaptés à la villégiature de leurs séjours. Pour ce, ils investirent les parties du château les plus récentes, édifiées par Gabriel au XVIIIsiècle : le Gros-Pavillon et l’aile Louis XV…

xixe siècle

La première réalisation fut l’aménagement, par l’architecte Alexis Paccard, de nouveaux salons au rez-de-chaussée du Gros Pavillon. Galerie, grand salon, cabinet de travail et fumoir furent conçus pour s’ouvrir sur les pelouses du jardin anglais et la cour de la Fontaine. L’Impératrice décida d’installer, dans un de ces salons, un musée rassemblant tous les objets chinois provenant du sac du palais d’Eté de Pékin par les troupes franco-britanniques, en 1860. Ces exceptionnels trésors furent rejoints par les cadeaux diplomatiques siamois offerts à l’Empereur. L’Empereur avait en effet reçu le 27 juin 1861, dans la salle de bal du château, l’ambassade du roi de Siam Rama IV Mongkut, dont l’exotisme oriental avait ébloui la cour.

Car, si les séjours d’été de la cour se déroulaient avec régularité dans une ambiance détendue, la diplomatie n’en était jamais totalement absente : les 15 et 16 décembre 1856, le prince royal de Prusse (futur empereur Guillaume Ier) fut reçu à Fontainebleau. Du 17 au 24 mai 1857, le château accueillit le roi de Bavière Maximilien II. La même année, le grand-duc Constantin, frère du tsar de Russie, fit un séjour fastueux à l’occasion duquel on inaugura la dernière création de l’architecte Hector Lefuel : le théâtre Impérial, édifié dans l’aile Louis XV, dont le faste et l’étoffe de soie bouton d’or, réservé à l’entre soi feutré d’une cour scintillante, ne manqua pas de soulever l’admiration des contemporains.

La cour à Fontainebleau

S’éloignant de plus en plus de la vieille cour Ovale, le cœur du palais finit par transhumer définitivement dans la cour d’honneur. A la fin du règne, on alla jusqu’à construire un escalier de stuc (1867-1868) entre le rez-de-chaussée et le premier étage de l’aile Louis XV, pour ouvrir un nouvel accès aux Grands Appartements.
En 1870, l’effondrement du Second Empire mit fin à ces transformations du château, qui ne vit jamais revenir Napoléon III et Eugénie, sonnant le glas à 800 ans d’occupation monarchique. A présent que la République s’installait durablement en France, qu’allait devenir la « vraie demeure des rois » sans ses principaux habitants ?

Ticket blanc

Billets et tarifs

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Horaires d'ouvertures

Le château

Le château est ouvert tous les jours, sauf le mardi, le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre.

D’octobre à mars: 9h30 à 17h00 (dernier accès à 16h15).

D’avril à septembre: 9h30 à 18h00 (dernier accès à 17h15).

Entrée libre et gratuite au château du 1er au 6 juillet inclus.

Le port du masque est obligatoire à partir de 11 ans.

Le circuit de visite a été adapté. Sont accessibles : la galerie des Fastes, l'appartement du Pape, la galerie François 1er et les salles Saint Louis. La sortie se fait par la cour Ovale, exceptionnellement ouverte pour l'occasion.

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